lundi 19 décembre 2011

Shame (on me ?)

J'avais entendu un critique à la radio dire (un peu plus subtilement que je ne vais le faire) que Shame était un film qui donnait envie de baiser. Je devais aller le voir avec une demoiselle fort jolie que je voulais baiser. J'y suis finalement allé seul. Et le film ne m'a pas donné envie de baiser.

Blague à part, c'est un film qui m'a quand même un peu secoué. Il y a des petits morceaux de ma vie dans ce film, ici et là. Même si je suis (étais ?) plutôt un sex-addict modéré (si, si). J'ai lu qu'il s'agissait d'un film moralisateur et puritain. C'est fou les conneries qu'on peut lire dans Libé et Les Inrocks ces jours-ci. D'ailleurs en parlant systématiquement de sexe froid pour décrire la sexualité du personnage principal, c'est peut-être bien eux les puritains.

En général, je n'aime pas les films qui traitent de sexe. Soit ils essaient d'être bandants et se plantent quasi-systématiquement. Soit ils traitent de sexualités plus ou moins en marge en les caricaturant ou en portant un regard moralisateur. Voire même les deux en même temps. C'est courant, exposer une sexualité à laquelle on rêve, on aspire, et la dénigrer pour se donner bonne conscience. Shame ne cherche pas à émoustiller. Tant mieux. Si je devais faire le top 10 de mes scènes de sexe préférées au cinéma, très peu seraient issues de films à prétentions érotiques. Il traite par contre de l'addiction au sexe. Au sexe pour le sexe ajouteront certains (critiques). Le sexe pour le sexe mène-t-il forcément à l'addiction ? Au sexe froid et désincarné ? Ce n'est pas un raccourci qu'emprunte le réalisateur (même si je ne suis pas sûr que). Par contre nos amis sus-mentionnés...

On ne sait rien du personnage joué par Mickael Fassbender (acteur qui donne de sa personne). Un connard léger, ni antipathique, ni sympathique pour qui comme moi n'a rien contre les hommes célibataires CSP+ qui vivent dans un appartement d'homme célibataire CSP+. Un baiseur compulsif dont on se doute bien qu'il a un passif et dont les névroses sont apparentes. Car bien sûr un personnage qui poly-baise et y trouve son équilibre n'aura jamais sa place au cinéma. Ce qui fait la différence, c'est le regard plein d'empathie que porte le réalisateur sur son héros. Et quelques scènes de bravoures (dont la première scène de "chasse" dans le métro et celle dans le bar qui l'amènera à se faire casser la gueule).

12 commentaires:

Sixtine a dit…

je l'ai vu aussi. Sans avoir lu Libé ou les Inrocks j'ai trouvé qu'il y avait une certaine morale du "ouh lalala c'est pas bien". J'étaye mon propos mais j'ai peur de saouler.
En gros, pas une once de positivisme pour lui (sa vie de bureau, sa soeur, et evidemment sa sexualité) ce plan sur la main de la fille dans le métro.
Je ne sais pas si Mc Queen a réellement choisi son "camp" mais en tout cas la misère est belle et bien là et rien ne vient la contrebalancer.
En tout cas c'est un sacré film, qui sous des faux appels à "venez voir du cul" est un bijou de poésie et d'épure.
Fassbender, en plus d'avoir le corps le plus hallucinant que j'ai vu au cinéma, et un sex appeal (hors film) démentiel, est grandiose.
et oui,la scène du bar est un pur bonheur de cinéma.
Sixtine, en mode cinéphile du mardi

Kinky a dit…

@ sixtine :
C'est vrai que Mc Queen a choisi de montrer un personnage en souffrance mais les gens heureux ne font pas un bon sujet de cinéma. Pour moi cela ne veut pas dire qu'il juge son personnage. Je trouve au contraire qu'il fait preuve d'une certaine empathie. Professionnellement le personnage a l'air de bien s'en sortir. Et je trouve que le film est rempli de détails très réalistes et très justes qui me font penser qu'il (ou son scénariste, je ne sais pas qui est responsable du scénario) sait de quoi il parle.

Vous m'étonnez. En quoi Fassbender a-t-il un corps hallucinant ?

Sixtine a dit…

il est très bien éclairé, pour un homme, au cinéma.
On voit nettement tous ses muscles, des plus petits au plus gros, sans que ce soit un hymne au body building graisseux.
fabuleux et jubilatoire (oui je suis une groupie)

Marieh2o a dit…

J'ai vu ce film hier soir. Je ne le trouve pas moralisateur. Ca parle surtout de l'ultra-moderne solitude, de l'impossibilité de communiquer, de traumatismes anciens qui pour Brendan (le "héros", mais faut-il parler de héros?) comme pour sa soeur conduisent à des conduites addictives au sexe ou au suicide! C'est magistralement mis en scène et très bien joué, y compris les (rares) seconds rôles. Mais le buzz qu'ont fait les critiques sur le côté sex addict, c'est de l'ordre du syndrome DSK... D'ailleurs c'est pendant le festival de Cannes que "l'affaire" est sortie et je me demande si on n'a pas un peu tout mélangé ?! C'est pas le vrai sujet. C'est le symptôme. D'accord avec Sixtine : l'est hypra sexy le garçon! Et un très joli moment de communication entre le frère et la soeur : la longue et langoureuse interprétation de la chanson "New York New York"... J'ai adoré!

Kinky a dit…

@ sixtine :
Ok. Groupie donc.

Kinky a dit…

@ marieh2o :
Il est vrai qu'il a beaucoup de mal à communiquer. Mais est-ce la raison ou la conséquence de son addiction ? Le réalisateur a soigneusement évité de trop nous en dire sur les raisons de son addiction, et c'est fort appréciable.
C'est sûr qu'on a beaucoup parlé du sujet jusque là tabou de l'addiction au sexe suite à l'affaire DSK, mais on en a parlé de façon tellement caricaturale ! Je pense quand même que c'est le sujet central du film.
D'accord avec vous, elle est superbe cette scène.

L'Onirique a dit…

ça donne envie de le voir,
au moins pour se faire une idée.

merci donc d'éveiller ma curiosité!

Kinky a dit…

@ l'onirique :
Mais je vous en prie. Vous me direz ce que vous en avez pensé

L'Onirique a dit…

je suis allée le voir hier!

c'est peut être naïf, mais je l'ai trouvé beau à voir comme film, les images, le rythme, la lumière.
c'est déjà bien agréable.

qu'il n'y ait pas d'explication est hautement appréciable.

il y a des tentatives, quand il jette tout ses magazines, l'ordinateur et qu'il revoit sa collègue (je l'ai compris comme une tentative de changement de vie..mais peut être qu'il veut seulement reproduire la scène vue précédemment..) et puis à nouveau un basculement que je trouve bien mené.

je ne suis pas une groupie de Fassbender (bien que je sois aussi allée voir A dangerous method..mais là n'est pas le sujet)

concernant les poly baiseurs et le bonheur.. je ne suis pas sûre que ce ne soit que parce que les sujets "gens heureux" passent mal au cinéma..
n'est ce pas surtout, que ça reste immoral?
quand les personnages sont malheureux rares sont ceux qui deviendront heureux, et quand ils le deviennent c'est souvent en rentrant dans le rang de la normalité.
mais n'étant point assez connaisseuse, il ne s'agit là que d'un avis personnel.

Kinky a dit…

@ L'onirique :
La scène avec sa collègue est très réussie. C'est effectivement une tentative de retrouver une vie "normale". Mais lorsque l'on cumule les rencontres purement sexuelles, où tout est cash et direct, il est difficile de se replonger dans le jeu de la drague, des non-dits... Enfin c'est comme ça que je l’interprète.

Vous pensez vraiment que poly-baiser est immoral ? Je ne suis pas sûr que rentrer dans le rang d'une vie normée soit le seul moyen de (re)trouver un équilibre. Le bonheur c'est une vue de l'esprit. Un mythe.

L'Onirique a dit…

En effet, je crois aussi que c'est difficile de passer d'un mode à l'autre. (du cash direct à la drague non dit..)

non, je ne pense pas, que poly baiser soit immoral, mais
je pense que, pour bon nombre de personnes, poly baiser est immoral (malgré toute l'évolution des moeurs qu'on prétend et l'explosion des tabous) et que le cinéma comme le reste, plie à cette vision.
du coup, on n'a pas de poly baiseur/se heureux.
parce que selon cette vision quand c'est mal on est forcément malheureux.

suis je plus claire? :)

Le bonheur..un mythe?! sur la durée ça me parait plutôt une blague,
par contre qu'il y ait des moments de bonheurs (ce qui n'est déjà pas si facile) ça me semble possible. du moins selon la vision que j'en ai.

Kinky a dit…

@ l'onirique :
Oui, je crois que vous avez raison. ce n'est pas demain que nous verrons des poly-baiseurs heureux au cinéma. Arf...

Je suis d'accord. Les moments de bonheur existent.